30 avril 2026

Presse écrite : coupes rases et mauvaises herbes

Ces dernières semaines, les annonces de suppression d’emplois se sont multipliées dans la presse nationale, régionale et indépendante. Sans que la situation ne semble émouvoir les pouvoirs publics.

Le journal Le Monde a fait les comptes. Depuis 2009, 10 500 emplois ont été détruits dans la presse écrite française (11 685 suppressions, 1 216 créations). Une hécatombe, dont le rythme s’accélère ces dernières semaines. Chez Prisma (Capital, Géo, Femme actuelle…), qui appartient à Vincent Bolloré, 40 % des effectifs sont menacés (261 emplois). Chez CMI (Franc-Tireur, Elle, Marianne…), propriété de Daniel Kretinski, c’est 30 % (132 postes). À La Tribune, détenue par Rodolphe Saadé, 56 postes sont en jeu. Trois milliardaires qui n’hésitent pas à sabrer dans les effectifs plutôt que d’investir…

La Presse quotidienne régionale est particulièrement exposée. Qu’il s’agisse du groupe Centre France (La Montagne, La République du Centre, Le Berry Républicain…) avec 152 postes supprimés, Sud-Ouest (30 postes), Ouest France (53), Nice-Matin (58), Le Télégramme (17)… et bientôt le groupe Ebra (L’Est Républicain, Le Progrès, Le Dauphiné, Les DNA…) qui s’apprête à annoncer un nouveau plan de départs.

Derrière cette avalanche de mauvaises nouvelles, la presse indépendante n’est pas épargnée. En janvier, Mediavivant tirait sa révérence. Ce média atypique s’était donné pour mission d’aller à la rencontre du public en faisant monter sur scène des journalistes qui contaient leurs enquêtes. En près de trois ans, Mediavivant a accueilli 5 000 spectateur·ices. Ses spectacles ont été visionnés plus de 100 000 fois sur YouTube. Insuffisant pour perdurer.

En mars, c’était au tour du média épistolaire La Disparition de jeter l’éponge cinq ans après sa création. « Le manque de moyens, la radicalité de notre formule, la hausse continue du coût du papier et des tarifs postaux, le jeu des algorithmes imposé par les réseaux sociaux (…) ont fini par avoir raison de nous », déplorent les cofondateur·ices Annabelle Perrin et François de Monès. En avril, c’est au tour de Fracas, la revue des combats écologistes, de tirer la sonnette d’alarme « le cœur serré ». Sauf miracle, l’équipe ne sera pas en mesure de sortir son 7e numéro.

En septembre 2024, les États généraux de l’information voulus par le président de la République avaient débouché sur une somme de 350 pages de recommandations à l’issue d’une mobilisation exceptionnelle de neuf mois. « Protéger et sauvegarder le droit à l’information : une urgence démocratique », peut-on lire dans le rapport final. Une urgence toute relative car, près de deux ans plus tard, aucune mesure n’a été prise, aucun texte de loi n’est en vue. L’indifférence des pouvoirs publics semble totale.

« À l’heure où les monstres se réveillent de par le monde, où le risque d’ingérence et la manipulation de l’information à des fins politiques sont une réalité, où l’extrême droite s’installe confortablement dans notre paysage médiatique, il est plus que jamais nécessaire de défendre l’indépendance de la presse », conclut Jean-Baptiste Moutet, cofondateur de Mediavivant, dans un ultime message aussi nécessaire que poignant. Acrimed est sur la même ligne. À l’occasion de son 30e anniversaire, la revue de décryptage critique des médias a lancé un appel vibrant à la transformation du paysage médiatique et soutien que « ces phénomènes n’ont rien d’une fatalité. » La Disparition rejoint cette conviction et charge d’espoir son dernier édito : « Nous sommes de la mauvaise herbe, nous repousserons » affirme-t-elle. Restons à l’affut des nouvelles pousses.

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