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8 mai 2025

Faut-il interdire TikTok ?

La pression monte à l’encontre du réseau social chinois accusé de favoriser les comportements à risque des mineur·es mais aussi d’ingérence sur les démocraties.

C’est au tour de Clara Chappaz de monter au créneau. Le 18 avril, la ministre en charge du Numérique annonçait avoir saisir l’Arcom et la Commission européenne au sujet de la tendance « Skinnytok » qui promeut la maigreur extrême sur TikTok. Un mois plus tôt, les député·es français·es avaient décidé à l’unanimité de créer une commission d’enquête sur les effets psychologiques du réseau social chinois sur les mineur·es.

Ces initiatives interviennent alors que les plaintes de parents se multiplient. Ils accusent TikTok de mettre en danger leurs enfants en les exposant à des vidéos faisant la promotion du suicide, de l’automutilation ou des troubles alimentaires – et cela sans aucun système de modération. Deux plaintes font suite aux suicides de deux jeunes filles de 12 et 16 ans. Alors que TikTok indique que son application n’est accessible normalement qu’au-delà de 13 ans, un·e jeune français·e de 11-12 ans sur deux serait inscrit·e sur ce réseau social…

« Chasser ce voyou de notre quartier »

En novembre 2024, l’Australie a été le premier pays à exiger que TikTok – mais aussi Facebook, Snapchat, Instagram et X – mette en place des mesures pour interdire l’accès aux moins de 16 ans. Le Brésil, le Venezuela mais aussi l’Albanie lui ont emboîté le pas. « Nous allons chasser ce voyou de notre quartier », a indiqué le premier ministre albanais tout en s’interrogeant : « En Chine, TikTok propose aux étudiants de leur apprendre à suivre des cours, à protéger la nature, à préserver les traditions, mais en dehors de la Chine, nous ne voyons que des saletés et de la boue. Pourquoi ? »

Jusqu’alors, la plupart des interdictions de TikTok répondaient à des enjeux de « sécurité nationale ». C’est le cas en Inde ou au Canada et bientôt aux États-Unis où une loi impose à la maison-mère du réseau social chinois de céder ses activités américaines à une entreprise nationale « afin de prévenir les risques d’espionnage et de manipulation » – même si son entrée en vigueur est sans cesse repoussée. En Roumanie, la Cour suprême a suspendu l’élection présidentielle après avoir constaté que « 25 000 comptes TikTok » étaient devenus « extrêmement actifs deux semaines avant la date du scrutin » au profit du candidat d’extrême droite Calin Georgescu.

Quid de l’Europe ?

La restriction d’usage des réseaux sociaux est décriée car elle est principalement le fait de gouvernements non démocratiques. En France, Gabriel Attal s’est fait taper sur les doigts par le Conseil d’État qui a jugé « illégale » la suspension de TikTok décrétée pendant 13 jours, en mai 2024, lors des émeutes en Nouvelle-Calédonie. L’ancien premier ministre avait justifié cette mesure par les désinformations venant de Chine ou d’Azerbaïdjan qui attisaient la révolte. Les magistrat·es ont estimé qu’il s’agissait d’une « atteinte disproportionnée aux droits et libertés » car non indispensable et trop longue.

Imposer un contrôle plus strict à TikTok pour protéger les mineur·es devrait être plus facile à obtenir. En 2024, il n’avait pas fallu longtemps à l’Union européenne pour interdire la version Lite de TikTok qui récompensait les utilisateur·ices en fonction du temps passé sur le réseau social parce que ce mécanisme posait « des risques graves pour la santé mentale ». Preuve que, même par rapport aux géants du numérique, les États peuvent agir. Alors pourquoi attendre ?

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