4 août 2025

Tromperies politiques : les médias indés ne sont pas dupes

Malgré des moyens limités et des équipes restreintes, les médias indépendants sont à l’origine de la plupart des révélations sur le RN et les mouvances fascistes, confirmant leur rôle indispensable de vigies démocratiques.

Flashback : c’était il y a un peu plus d’un an. Le Rassemblement national (RN) virait en tête lors du premier tour des législatives anticipées et la crainte d’une victoire du parti d’extrême droite agitait les esprits. Nombreux furent alors les médias indépendants (StreetPress, Mediapart, Blast, L’Empaillé, le collectif de pigistes Presse Papiers…) à enquêter sur les candidat·es RN, parfois avec l’aide de collectifs citoyens comme L’Extincteur sur X, pour dénoncer l’imposture de certain·es d’entre eux.

Le média Rembobine a eu la bonne idée de revenir sur cet élan spontané en interrogeant Mathieu Molard, rédacteur en chef de StreetPress. La période fut intense : 18 heures de travail par jour pour enquêter sur les fameuses « brebis galeuses », selon l’expression de Jordan Bardella, ces candidat·es aux propos antisémites, racistes ou homophobes qui disqualifiaient le RN. Mais aussi 500 mails quotidiens d’insulte reçus à la rédaction, l’organisation de deux grandes fêtes place de la République à Paris et une coordination intelligente entre médias pour éviter de doublonner et de gâcher des forces.

Nul doute que l’impact de ce travail de fourmi sur le scrutin fut important. D’après les comptages, plus des trois quarts des… 109 « brebis galeuses » recensées ont échoué au second tour. Surtout, ce moment a initié un rapprochement entre médias indépendants qui se poursuivra lors des prochaines échéances électorales, annonce Mathieu Molard. Depuis, les investigations sur les élu·es RN et la galaxie fasciste ne faiblissent pas – notamment grâce au financement par le Fonds pour la presse libre (FPL) de 9 enquêtes dédiées. L’une des premières dévoile dans Arrêt sur images les coulisses très réactionnaires des sites Lou Media et Neo.tv.

Malgré leurs moyens limités, les indés jouent les premiers rôles dans ces révélations. En juin, Les Jours révélaient la présence de plusieurs dizaines de députés RN dans quatre groupes Facebook privés aux propos éhontément racistes ; Mediapart poursuivait son enquête au long cours sur la députée RN Caroline Parmentier, grande amie de Marine Le Pen, et auteure de saillies nauséabondes, et Streetpress alimentait son format FACTS sur YouTube de nouveaux épisodes sur des faits d’agressions néonazies.

Aux dernières nouvelles, le RN s’est offert les services d’une entreprise de réputation numérique pour scanner et nettoyer sur les réseaux sociaux les profils des militant·es pressenti·es pour devenir ses futur·es candidat·es. À défaut de dédiabolisation, le grand nettoyage a commencé. Comptez sur les médias indés pour regarder sous le tapis.

Un article rédigé par Laura Quenneville

Ajout : À l’occasion des élections municipales de mars 2026, le médias Streetpress a publié une cartographie des 250 « brebis galeuses » recensées sur des listes du RN et de ses alliés.

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