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1 septembre 2026

Qui dicte l’agenda médiatique ?

L’analyse des mécanismes qui conduisent à valoriser telle ou telle actualité – ou en occulter d’autres – est vertigineuse. Avec les réseaux sociaux, les paris en ligne et l’IA, la hiérarchisation des informations vit un chamboulement qui met à mal la qualité du débat public.

Pourquoi une info perce-t-elle au point de saturer le champ médiatique quand d’autres passent totalement inaperçues alors qu’elles nous semblent capitales ? Quelles sont les lois qui gouvernent la sélection des nouvelles ? Qui décide de ce qu’on appelle communément « l’agenda médiatique » ? Ces questions n’ont eu de cesse de tarauder les chercheurs et chercheuses depuis des décennies. Et ce n’est pas fini si l’on en juge par les mutations engendrées par les réseaux sociaux. Et, peut-être demain, par l’émergence du… « capitalisme prédictif ». Explications.

La « mise à l’agenda » c’est quoi ?

Le concept est né aux États-Unis dans les années 70. Selon cette théorie de sociologie politique, c’est avant tout les médias de masse qui imposent leurs choix dans le débat public. Ceux-ci ne nous disent pas ce qu’il faut penser mais ce à quoi penser. Cette théorie est bientôt battue en brèche car jugée simpliste et trop média-centrée. On lui substitue progressivement la notion du « media building ». Le choix de placer tel ou tel sujet sur le devant résulterait d’une construction savante entre les médias, mais aussi les décideurs – leaders d’opinion ou lobbies – et le public.

Il y aurait donc trois agendas à concilier pour qu’une information perce. « Les faits et événements ne sont pas ventriloques, écrit le sociologue Erik Neveu. Ils ont besoin de l’équivalent d’imprésarios : ce sont les entrepreneurs de cause ». Sauf que l’action de l’un est souvent fonction de la réaction anticipée de l’autre. Un jeu d’influence subtil se met ainsi en place entre médias, lobbies et public afin d’imposer un sujet… ou d’en écarter un autre. Pour réussir, il convient de connaître la liberté, les déterminismes et contraintes de chaque acteur.

Donald Trump a tout compris du phénomène

En 1987, dans son livre L’Art du Deal, le futur président américain expliquait : « Ce que j’ai appris de la presse, c’est qu’elle est toujours avide d’une bonne histoire, et plus elle est sensationnelle, mieux c’est… En clair, si vous êtes un peu provocateur, si vous faites des choses audacieuses ou controversées, la presse va écrire sur vous. Résultat : la presse a toujours voulu écrire sur moi. Parfois ils écrivent des choses positives, parfois des choses négatives. Mais d’un point de vue purement commercial, les avantages d’être mentionné dans les articles ont largement compensé les inconvénients. »

Trente ans plus tard, Donald Trump continue de saturer l’agenda médiatique. Mois après mois, il figure de très loin en tête des personnalités les plus citées dans les médias, nous indique le laboratoire d’analyse de l’INA.

Mentions sur chaînes d'information en continu de Donal Trump selon l'institut national de l'audiovisuel

Chapeau l’artiste ! Le problème, c’est que lorsqu’on tient en haleine le public avec les saillies plus ou moins sensées du président, on ne parle de rien d’autre. « Les sujets qui dominent le débat public restent ceux qui produisent le plus de conflit, d’émotion ou de spectacle », estime Stéphane Blakowski, chroniqueur pour Marianne, qui poursuit : « Une démocratie ne se définit pas seulement par les réponses qu’elle apporte à ses problèmes. Elle se définit aussi par les problèmes qu’elle choisit de regarder. »

Les réseaux sociaux numériques ont largement contribué ces dernières décennies à rebattre les cartes du jeu. En plaçant au cœur de leur fonctionnement et de leur économie la participation, les stimulations émotionnelles et la personnalisation qu’ils permettent via leurs algorithmes, X, Tiktok, Instagram & cie participent à faire émerger des sujets de préoccupation bien différents de ceux des agendas politiques et médiatiques traditionnels . « Un grand désalignement » selon la Fondation Jean-Jaurès – a aborder avec intérêt aussi bien qu’avec prudence (présence de bots, campagnes de déstabilisation).

Dites bonjour au « capitalisme prédictif »

La prochaine révolution tient peut-être dans l’émergence de ce que certains appellent le « capitalisme prédictif » ou la « futarchy » (gouvernement par le futur). Ce courant se nourrit de la montée en puissance extraordinaire des paris en ligne. Sur les principales plateformes américaines (Polymarket, Kalshi…), des millions d’internautes misent de l’argent sur tout et n’importe quoi : le vainqueur de l’US Open Hommes 2026, la date de fin du blocus des États-Unis sur l’Iran, la prochaine attachée de presse de Donald Trump, etc. Ces marchés prédictifs ont pris une telle importance « qu’ils deviennent peu à peu une nouvelle façon de produire et de consommer l’information », souligne la revue spécialisée TechTrash. Quite à entraîner des mineurs dans la spirale de l’addiction, relate le média Pouce !.

Demain, l’agenda médiatique sera-t-il prédictif ? Pour les dirigeants de ces plateformes, c’est sûr, indique Le Monde diplomatique. La grande mutation qui nous attendrai ici revêt le nom d’« économie de l’anticipation » ou de « capitalisme prédictif ». Les prédictions de masse, plus ou moins accompagnées par l’IA, s’imposeraient alors dans l’agenda et constitueraient les lignes de conduite des dirigeants politiques. Est-ce le triomphe de la sagesse des masses ou celui du diktat orwellien ? Dans le doute, rien de tel qu’une presse indépendante « cousue main » afin de diversifier les points de vue et, si possible, d’influer sur l’agenda médiatique du futur.

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