17 septembre 2026

Le RN ? On a déjà essayé !

D’ici à l’élection présidentielle, 7 médias régionaux vont multiplier les enquêtes de terrain sur les 74 municipalités tenues par l’extrême droite. Avec pour objectif d’analyser ce que signifie concrètement une gestion municipale RN.

« On a déjà essayé ». C’est sous ce titre ironique, parfait contrepied du slogan « On n’a pas encore essayé le vote RN » qui banalise le choix de l’extrême droite, que 7 médias locaux indépendants ont lancé une opération éditoriale inédite et coordonnée. Ce 15 septembre, les premières enquêtes de Mediacités, Made in Perpignan (1) Marsactu, Le Poulpe et des trois Rue89 locaux basés à Lyon, Strasbourg et Bordeaux ont été mises en ligne sur leur site mais aussi sur un portail dédié accessible via l’adresse www.onadejaessaye.fr. Chaque mois jusqu’à la présidentielle, une nouvelle livraison thématique sera proposée. Fait notable : tous les articles sont en accès libre.

Les présentielles en ligne de mire

Cette opération a été rendue possible par le Fonds pour la presse libre (FPL), qui a débloqué plus de 80 000 euros pour sa réalisation. L’idée est simple : analyser l’action menée dans les 74 villes tenues par le RN ou ses alliés depuis le dernier scrutin municipal (soit un triplement par rapport à 2020) et enquêter sur ses 3 000 élus municipaux RN (deux fois plus qu’en 2014). Même si le raz de marée annoncé n’est pas advenu en 2026 (les villes convoitées de Marseille, Lens, Douai, Toulon ou Nîmes par exemple n’ont pas été conquises), l’échantillon est désormais suffisamment large pour « tirer les enseignements de l’implantation de l’extrême droite dans nos territoires dans la perspective des échéances nationales à venir », indique le FPL.

« On a déjà essayé » porte en germe une autre avancée majeure : celle de faire travailler ensemble des rédactions locales qui n’en avaient pas l’habitude. « Et ça prend ! se réjouit Daphné Gastaldi, la coordinatrice du projet. L’entraide se met en place, les contacts s’échangent… Cela donne de l’énergie au collectif et permet à tout le monde de gagner en compétence. »

Ici on joue collectif

Ancrée localement, l’opération offre un complément parfait au travail collectif mené par d’autres médias nationaux indépendants (à l’image, par exemple, du hors-série Front commun réalisé par StreetPress, Blast, L’Humanité, Radio Nova et Les Inrockuptibles). Dernièrement, le média Bon Pote a mis en ligne sur un site dédié le recensement de 1 700 votes des députés RN. Un travail énorme et salutaire pour mettre en évidence les contradictions entre les discours du RN et la réalité des votes. Le site de critique des médias Acrimed, lui, s’est fait une joie de remettre en cause le traitement paresseux de nombreux médias sur la supposée corrélation directe entre les fermetures des bars-tabacs et la montée du vote RN.

Affiner la lecture du monde, enquêter sur le terrain, pointer les incohérences entre les discours et les actes… Soit un travail de fond pour lequel les médias indépendants prennent toute leur part et qui, peut-être, amènera certains de nos concitoyens à voter de manière plus argumentée que le seul attrait pour la nouveauté… et le paresseux « On n’a pas encore essayé ».

(1) Made in Perpignan survivra-t-il en 2027 ? Pour éviter sa disparition, le media doit réunir 25 000 euros d’ici la fin septembre.

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