Journaliste devant son ordinateur fatigue et désespoir
15 juillet 2026

Jeunes journalistes cherchent sens au métier désespérément

Alors que les écoles de journalisme font toujours le plein, les jeunes recrues sont de plus en plus nombreuses à perdre la foi dans leur « métier passion » au bout de quelques années. La création de collectifs est une solution – très partielle – à la grande précarisation du secteur.

Tout est parti d’un paradoxe. Sept ans après être entré·es dans la profession, 40 % des jeunes journalistes l’ont quittée ! Et pourtant, il y a toujours le même afflux de candidat·es à l’entrée dans une école de journalisme. Pour comprendre, le sociologue des médias Jean-Marie Charon s’est engagé dans une vaste enquête qualitative et recueille depuis plusieurs années les confidences de ces jeunes professionnel·les engagé·es dans un « métier passion » mais qui finissent par déchanter.

📖 L’étude a donné lieu à la publication d’un livre (« Jeunes journalistes : l’heure du doute ». Entremises Editions), dont une 2e version actualisée et enrichie vient de paraître. « Le doute vient du décalage entre les motivations des jeunes journalistes, ce qu’ils aiment faire et ce qu’ils peuvent faire », résume Jean-Marie Charon. Leur souhait N°1 ? Prendre le temps de mener des enquêtes de terrain approfondies.

La grande désillusion

👨🏻‍💻 Rien à voir avec ce qui les attend le plus souvent : un travail sédentaire pour traiter l’actualité chaude et enquiller les sujets à la va-vite, lorsqu’ils et elles sont en rédaction ; ou une vie de pigiste, un statut souvent peu considéré par les commanditaires et payé au lance-pierre. D’après les chiffres de la commission de la carte professionnelle, 66 % des journalistes de moins de 30 ans sont en situation de précarité (piges ou CDD).

📉 Ce doute est renforcé par la crise que traverse le secteur. « Beaucoup se demandent si leur journal existera encore demain, notamment ceux qui évoluent dans la presse locale », poursuit Jean-Marie Charon. La défiance du public achève d’instiller le doute. Comment ne pas s’interroger sur la finalité de son métier lorsque le niveau de confiance du public est aussi bas, alors qu’on a choisi avant tout cette profession pour jouer un rôle de « médiation sociale » et être utile au monde ?

Se regrouper pour tenir

🤝🏼 Pour retrouver du sens dans son activité, l’une des solutions réside dans la constitution de collectifs. Soit des petits groupes de 5 à 20 journalistes indépendant·es qui s’entraident, partagent leurs expériences, leurs moyens et l’accès aux rédactions. On en compte une quarantaine en France – le double d’il y a cinq ans ! Les jeunes et les femmes y sont surreprésenté·es. Beaucoup cultivent une spécialité géographique ou thématique (l’environnement, les violences sexuelles et sexistes, les sciences…).

💪 Ces collectifs permettent de recréer une vie de rédaction et de mener des enquêtes au long cours, souvent écrites à plusieurs mains et qui font émerger des problématiques inédites. Le collectif YouPress, par exemple, s’est fait remarquer par deux enquêtes de référence (« Zero Impunity » sur les violences sexuelles dans les conflits armés ou « Femme à abattre » sur les féminicides politiques, publiée par Mediapart) ; WeReport vient de publier une enquête d’ampleur sur la pollution des rivières de France en collaboration avec Mediacités et Reporterre ; Enketo est à la pointe des révélations sur les polluants éternels (PFAS)…

👩🏼‍🏫 De quoi redonner goût au journalisme tel qu’on l’a toujours rêvé… mais pas vraiment d’en vivre. Pour tenir dans le métier et arrondir les fins de mois, beaucoup s’engouffrent dans l’éducation aux médias (EMI) en milieu scolaire ou auprès de publics éloignés (quartiers défavorisés, zones rurales, prisons…). Une manière de ne pas trop s’éloigner de son métier-passion et de faire sens… en espérant pouvoir à nouveau vivre exclusivement de ses articles un jour.

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